| « Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. » |
| Niccolò MACHIAVELLI né le 3 mai 1469 |

Cette semaine
| Cette semaine s’annonce plus calme après l’avalanche de publications des banques centrales et des entreprises technologiques de la semaine dernière, mais la banque centrale australienne devrait relever ses taux, et les investisseurs seront attentifs à voir si le dernier rapport sur l’emploi aux États-Unis montre des signes de faiblesse. Palantir et McDonald’s font partie des entreprises qui publient leurs résultats aux États-Unis cette semaine, tandis qu’en France, Engie, Axa, Véolia et Legrand publieront tous leurs chiffres. Au Royaume-Uni, HSBC, Next, Diageo et Shell seront en première ligne. |
LES CHIFFRES ÉCONOMIQUES

Les News
Nucléaire
La Belgique engage des négociations exclusives avec Engie pour reprendre l’ensemble de ses activités nucléaires, ont annoncé le gouvernement et l’entreprise dans un communiqué conjoint. Cette opération s’inscrit dans le virage pro-nucléaire du gouvernement de Bart De Wever, qui entend reprendre le contrôle de son parc et en prolonger l’exploitation.
Humanoïdes
L’entreprise d’État State Grid Corporation of China prévoit de dépenser 1 milliard de dollars afin d’acheter une flotte de 8500 robots quadrupèdes, humanoïdes et bi-bras pour l’inspection et la maintenance de son réseau électrique.
Mistral AI
Produit plus accessible, écosystème qui se resserre : le fleuron français accélère pour devenir un acteur central de l’intelligence artificielle.
Défense France
L’Armée de terre teste la réquisition d’entreprises civiles en cas de conflit de haute intensité dans le cadre de son exercice Orion 26. Pas de panique. L’armée ne prévoit pas de réquisition immédiate. Mais c’est une option qu’elle peut activer si un conflit de haute intensité se déclarait sur le sol européen.
Défense Monde
C’est la onzième année consécutive de hausse. Les dépenses militaires mondiales s’élèvent à 2887 milliards de dollars en 2025, contre 2718 milliards de dollars l’année précédente, soit une augmentation de 2,9%, selon un rapport du Sipri (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm).
La principale contribution à cette hausse mondiale vient de l’Europe, où l’augmentation atteint 14%.
LES PERFORMANCES




LE GRAPHE DE LA SEMAINE

A L’AFFICHE
1h59’30 » : quand une chaussure de 99 grammes crée plusieurs milliards en Bourse
Dimanche 26 avril, 11h30 GMT. Sabastian Sawe franchit la ligne d’arrivée du marathon de Londres. Le chronomètre s’arrête sur 1h59’30 ». Un mur psychologique vieux de plusieurs décennies vient de tomber.
Quelques jours plus tard, Bourse de Francfort. L’action Adidas clôture la journée du 29 avril, en hausse de 8%. En une seule séance, le groupe allemand crée plusieurs milliards d’euros de valeur boursière. Sans conférence de presse. Sans campagne publicitaire. Sans annonce stratégique. Juste 99 grammes de mousse et de carbone qui viennent d’entrer dans l’histoire du sport.
Ce moment illustre mieux que n’importe quel cours de finance ce qu’est le vrai pricing power d’une marque.
Un mur qui n’était pas censé tomber à Londres
Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut replacer la performance de Sawe dans son contexte historique.
➡️ En 2019, Eliud Kipchoge était devenu le premier homme à franchir la barre des deux heures au marathon — mais dans des conditions artificielles, à Vienne, avec 41 lièvres, un parcours optimisé et une logistique extrême. World Athletics n’avait pas homologué la performance. Le mur symbolique restait debout officiellement.
➡️ En octobre 2023, le Kényan Kelvin Kiptum établissait un nouveau record officiel à Chicago en 2h00’35 » — avec les Nike Alphafly 3. Il semblait être l’homme le plus proche de franchir la barrière. Sa mort tragique en février 2024 dans un accident de voiture laissait la question en suspens.
➡️ Le 26 avril 2026, Sabastian Sawe répond. Non seulement il passe sous les deux heures — 1h59’30 » — mais il est suivi onze secondes plus tard par l’Éthiopien Yomif Kejelcha en 1h59’41 ». Deux hommes sous la barre le même jour, dans la même course, dans des conditions officiellement homologuées. Chez les femmes, Tigist Assefa améliore son propre record mondial de neuf secondes : 2h15’41 ».
Trois records en une matinée. Et les trois athlètes portaient la même chaussure.
99 grammes qui changent tout
L’Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 est entrée dans l’histoire deux jours avant la course — lancée le 25 avril, soit 48 heures avant le départ. Une fenêtre de communication parfaitement orchestrée.
La chaussure pèse 99 grammes — première « super chaussure » de performance à passer sous la barre symbolique des 100 grammes. Pour donner une échelle : c’est moins qu’une pomme de taille moyenne, moins qu’une banane, moins qu’un pain de savon.
Sa technologie est distincte de ce que Nike avait proposé avec les Alphafly. Là où Nike utilise une plaque de carbone rigide intégrée dans la semelle, Adidas a développé une structure carbone enveloppante qui maintient l’économie de foulée tout en réduisant davantage le poids total. « À ce niveau, chaque détail compte vraiment — nous mesurions tout au nanogramme près », a déclaré Patrick Nava, vice-président de la division running d’Adidas.
La Pro Evo 3 n’est pas sortie de nulle part. Adidas a co-développé cette version avec Sawe, Kejelcha et Assefa sur trois années de collaboration intensive. C’est une chaussure conçue pour trois athlètes précis, dans leurs spécificités biomécaniques propres. Et ces trois athlètes ont remporté leurs courses respectives en battant les records du monde.
Le règlement de World Athletics encadre strictement ces innovations :
➡️ hauteur de semelle maximale de 40mm,
➡️ une seule plaque de carbone autorisée,
➡️ disponibilité obligatoire pour tous les athlètes en compétition.
L’Adizero Pro Evo 3 respecte ces contraintes — et les pousse jusqu’à leurs limites physiques.
La vraie innovation : l’écosystème de performance
Réduire la performance de Sawe à la chaussure serait une erreur. Ce qui s’est passé à Londres le 26 avril est le résultat d’une préparation totalement intégrée entre technologie, nutrition et entraînement — et Adidas a financé l’ensemble.
Le volet antidopage d’abord. Conscient du climat de suspicion qui pèse sur l’athlétisme kényan — 145 athlètes suspendus pour dopage depuis 2017 — Sawe a pris les devants dès 2025. Avec le soutien financier d’Adidas, qui a investi 50 000$ pour financer des contrôles renforcés,
➡️ il s’est soumis à 25 contrôles sanguins et urinaires en quelques mois, parfois deux fois dans la même journée.
➡️ Il a imposé à son groupe d’entraînement une charte stipulant qu’en cas de dopage, les gains seraient reversés à la lutte antidopage.
➡️ Refuser de signer signifiait l’exclusion immédiate. « Le dopage est un cancer », a-t-il déclaré sans détour.
Le volet nutrition ensuite. La marque suédoise Maurten a déployé une équipe spécialisée pendant 32 jours répartis sur 6 voyages aux côtés de Sawe au cours des 12 derniers mois.
L’objectif :
➡️ entraîner son organisme à absorber 90 à 120 grammes de glucides par heure — un niveau exceptionnel — grâce à des hydrogels spécifiques, sans inconfort digestif.
En maintenant des niveaux de glycogène optimaux, le corps peut fonctionner quasi-exclusivement aux glucides sur 42,195 km, évitant le « mur » du marathon.
Ce que tout cela révèle, c’est qu’Adidas ne sponsorise plus un athlète. Adidas co-produit une performance. C’est un changement de paradigme dans le sponsoring sportif — et il a une valeur financière considérable.

| Le redressement Gulden : une leçon de management Adidas avait traversé la crise la plus grave de son histoire récente en 2022-2023 : la rupture avec Kanye West avait laissé ~650 millions d’euros de stock Yeezy à écouler ou déprécier, l’action avait été divisée par trois, et la question de la survie commerciale du groupe se posait réellement. Bjørn Gulden, ancien CEO de Puma, a pris les rênes en janvier 2023 avec une feuille de route simple : ➡️ revenir aux fondamentaux du sport, ➡️ discipliner les promotions, reconstruire les marges, ➡️ et laisser les produits parler. 👉 Sa première décision emblématique a été de sortir progressivement les stocks Yeezy en les vendant sur des plateformes sélectives et en reversant une partie des profits à des associations. Ce qui semblait être un boulet est devenu une opération de trésorerie propre. 👉 Sa deuxième décision a été d’investir massivement dans le running de performance — un segment où Adidas avait la technologie mais pas la conviction. L’Adizero est devenu le cheval de bataille et progresse de plus de 30% en 2025 — avant même le record du monde du 26 avril. C’est la ligne qui portait déjà le momentum. Trois ans plus tard, cette conviction vient d’être validée par le premier marathon sub-2h de l’histoire. La leçon d’investissement Ce qui vient de se passer avec Adidas illustre un principe fondamental sous-estimé systématiquement : la valeur d’une marque de sport n’est pas que dans ses usines, ni que dans ses bilans — elle est dans sa capacité à être associée à des moments historiques. ➡️ Nike a construit sa domination sur Michael Jordan, puis Tiger Woods, puis Kipchoge. ➡️ Adidas a construit la sienne sur Lionel Messi, puis les Yeezy — et a failli tout perdre avec cette dernière. ➡️ Aujourd’hui, avec Sawe et la Pro Evo 3, Adidas reprend l’avantage technologique dans la discipline la plus universelle du sport mondial : la course à pied. Le running n’est pas une niche. C’est le sport le plus pratiqué dans les pays développés, avec une base de participants en croissance constante. En 2025, plus de 50 millions de personnes ont participé à une course sur route dans le monde (source : World Athletics, Running Economy Report 2024). Chacune d’entre elles est un acheteur potentiel de chaussures de performance. Et désormais, la chaussure du record du monde est une Adidas. |

Focus
Adidas AG : la re-rating story !
👉 Ce que le marché semble avoir pricé cette semaine :
➡️ l’impact marketing immédiat du record, la visibilité de la marque, l’effet « halo » sur les ventes de la gamme Adizero.
👉 Ce que le marché n’a pas encore pleinement intégré :
⚽Premièrement, l’effet Coupe du Monde 2026.
Le tournoi débute en juin aux États-Unis. Adidas est sponsor de nombreuses fédérations nationales et a constitué des inventaires en conséquence. La superposition du record marathon et de la Coupe du Monde crée un momentum marketing sans précédent. Les effets sur les ventes se feront sentir sur T2 et T3 2026 — pas encore reflétés dans les consensus.
💳 Deuxièmement, le pricing power sur la gamme premium.
L’Adizero Adios Pro Evo 3, disponible en nombre très limité, se vend à un prix élevé. Mais son effet d’entraînement sur les gammes Adizero intermédiaires — vendues à des prix accessibles au coureur amateur — est le vrai moteur de volume. Chaque amateur qui court son premier marathon « veut les chaussures du record du monde ». C’est un mécanisme de valorisation de gamme qui peut durer 18 à 24 mois.
💶 Troisièmement, la « re-rating story ».
Adidas traite encore à un multiple de valorisation inférieur à son niveau pré-crise Yeezy et inférieur à Nike. Si la marge opérationnelle atteint les 10% visés sur l’ensemble de 2026 — voire les dépasse — une réévaluation significative est possible. La guidance du groupe vise un EBIT 2026 de ~2,3 Md€ et une croissance d’un peu plus de 10%. Dans un contexte de momentum produit exceptionnel, ces objectifs pourraient être dépassés.
Un modèle économique transformé
Ce que les chiffres 2025 révèlent va bien au-delà d’un simple rebond post-crise. Ils décrivent une transformation structurelle du modèle économique d’Adidas :
➡️ Le canal DTC (Direct-to-Consumer ou Vente Directe au Consommateur) représente désormais une part croissante du mix, avec une accélération de +14% en 2025 et +22% au T1 2026. Ce canal est structurellement plus margé que la vente en gros — pas d’intermédiaire, meilleur contrôle du prix de vente, meilleure expérience client. C’est le même mouvement qu’a effectué Nike entre 2018 et 2022 — et qui avait alors été l’un des principaux moteurs de réévaluation du titre.
➡️ La marge brute atteint 51,6% en 2025, en progression de 0,8 point. Elle franchit 51,1% au T1 2026 malgré un impact négatif de change et de tarifs douaniers. Ce niveau de marge brute est caractéristique d’une marque premium — pas d’un fabricant de commodité sportive.
Les risques
Ils existent et doivent être nommés clairement.
⚠️ Les tarifs douaniers américains représentent un impact estimé à ~400 millions d’euros sur 2026. Adidas produit une part significative de ses chaussures en Asie — Vietnam, Cambodge, Chine — et les tarifs imposés par l’administration Trump pèsent sur les marges de la division Amérique du Nord.
⚠️ L’environnement retail reste promotionnel dans certains marchés. La discipline commerciale d’Adidas — qui privilégie la vente au détail par rapport à la vente en gros — est une force à long terme mais peut créer des tensions avec certains grossistes à court terme.
⚠️ La concurrence Nike ne doit pas être sous-estimée. La marque américaine prépare sa réponse technologique et dispose de ressources considérables pour la financer. La guerre des super chaussures est loin d’être terminée.
Au cours de 147,40€ ( clôture du 1er mai 2026), après le bond de +8%, Adidas capitalise à un niveau encore inférieur à ses plus hauts historiques et à un multiple de valorisation inférieur à Nike. La guidance 2026 vise un EBIT de ~2,3 Md€ — en progression de ~12% par rapport à 2025. Sur un horizon 2026-2028, le groupe cible une croissance annuelle high single digit et un EBIT CAGR de 15%.
Cours actuels : 147,40€
UBS : objectif de cours 219€
Jefferies : objectif de cours 190€
Goldman Sachs : objectif de cours 165€
Vous pouvez nous adresser vos remarques, points de vue ou échanger sur un sujet avec nous tant qu’avec Eavest en écrivant à info@pp-antilles.com
Source : Eavest