| « Pour réussir, votre désir de réussir doit être plus grand que votre peur de l’échec. » |
| Bill COSBY – né le 12 juillet 1937 |

Cette semaine
| La saison des résultats bat véritablement son plein cette semaine aux États-Unis, avec la publication des derniers rapports financiers des grandes banques et de Netflix. Ces résultats donneront le ton pour les six prochaines semaines sur l’ensemble des marchés boursiers. La comparution de Kevin Warsh devant les législateurs et la publication des chiffres de l’inflation américaine constituent les deux autres événements majeurs à suivre, même si la croissance du PIB chinois mérite également une attention particulière. |
LES CHIFFRES ÉCONOMIQUES

Les News
HP
HP s’allie à OpenAI pour faire de ses PC la porte d’entrée de l’IA agentique dans les entreprises
Souveraineté
Thales et Leonardo vont fournir un cloud sécurisé déployable pour les communications des forces spéciales de l’OTAN
France & IA
L’État place les data centers au centre de sa stratégie numérique pour renforcer la souveraineté des infrastructures critiques
Boursobank
Boursobank est en train de devenir un acteur majeur de la banque de détail en France, et arrive désormais à un stade de maturité qui en fait un acteur rentable, et valorisé 14 milliards par Jefferies.
Renault
Renault passe le cap du million de VE produits en France. Fait méconnu, Renault ne produit plus de voitures thermiques en France depuis 2023, à l’exception de l’A110 d’Alpine.
LES PERFORMANCES




LE GRAPHE DE LA SEMAINE

A L’AFFICHE
| Eau : avoir la ressource ne rapporte rien, la traiter rapporte tout. |
| Le Canada figure parmi les toutes premières réserves d’eau douce de la planète. Il ne possède pourtant aucun champion mondial coté de l’eau. Les pays du Golfe, eux, ne disposent quasiment d’aucune ressource naturelle, et concentrent les plus grands opérateurs, les plus importantes usines de dessalement et une part considérable des investissements mondiaux. Ainsi, la valeur économique de l’eau ne se situe pas dans la ressource. Elle se situe dans la technologie qui permet de la rendre consommable. Posséder de l’eau ne rapporte rien. La capter, la traiter, la transporter, la recycler et désormais la piloter grâce aux technologies numériques : voilà ce qui crée la valeur. Un marché immense, en croissance… et remarquablement défensif L’eau est l’un des rares marchés bénéficiant simultanément de tendances démographiques, climatiques, industrielles et réglementaires. ➡️ Le marché mondial du traitement de l’eau et des eaux usées est estimé à environ 312 milliards de dollars en 2025 ➡️ et devrait progresser d’environ 6% par an sur la décennie. ➡️ Celui des services industriels de l’eau passerait de 373,9 milliards de dollars en 2025 à 735,5 milliards en 2035, soit une croissance annuelle proche de 7%. Sa force est d’être largement décorrélée du cycle économique. On consomme de l’eau lorsque l’économie accélère comme lorsqu’elle ralentit. Urbanisation, croissance démographique, renouvellement d’infrastructures vieillissantes, normes environnementales et stress hydrique sont des moteurs indépendants de la conjoncture. La dimension géopolitique renforce cette dynamique. En 2023, 5,6 milliards de personnes, environ 70% de la population mondiale, vivaient dans des pays considérés en situation d’insécurité hydrique, contre un milliard seulement dans des pays réellement sécurisés. Selon le GIEC, un réchauffement de +2°C exposerait 1,15 milliard de personnes au stress hydrique, contre 950 millions à +1,5°C. Le nombre de conflits liés à l’eau, lui, a fortement augmenté : l’Asie de l’Ouest en a recensé à elle seule 156 entre 2020 et 2023. L’eau réunit ainsi deux qualités rarement associées : un actif défensif et un marché de croissance. Le paradoxe qui révèle où se trouve la valeur ➡️ Le Canada illustre parfaitement cette logique. Avec l’une des plus importantes réserves d’eau douce au monde, il pourrait théoriquement dominer cette industrie. Il n’en est rien. L’eau y demeure essentiellement un service public municipal, très peu privatisé. Il n’existe donc pratiquement aucun grand acteur canadien coté de dimension mondiale. Abondance de la ressource, absence de création de valeur boursière. ➡️ Israël démontre l’inverse. Pays largement désertique, il prélève déjà près de 49% de ses ressources en eau renouvelables, le deuxième taux le plus élevé au monde, il recycle environ 90% de ses eaux usées, un record mondial, et exporte plus de 2 milliards de dollars de technologies de l’eau chaque année. Son champion IDE Technologies exploite près de 500 usines dans une quarantaine de pays, mais reste une société privée, inaccessible aux investisseurs cotés. Le constat est frappant. Les pays disposant des plus importantes réserves, Brésil, Russie, Canada, ne dominent pas les marchés financiers du secteur. La valeur se concentre chez les entreprises capables de transformer une ressource abondante en infrastructure indispensable. Le dessalement, devenu infrastructure stratégique La guerre entre l’Iran d’un côté, les États-Unis et Israël de l’autre, ouverte le 28 février 2026, a rappelé une réalité rarement évoquée : les usines de dessalement sont devenues des cibles militaires. Le 7 mars 2026, l’Iran a accusé les États-Unis d’avoir frappé une usine sur l’île de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz, perturbant l’approvisionnement de 30 villages. Dès le lendemain, un drone iranien endommageait une usine à Bahreïn ; le 1er avril, le Koweït signalait des dégâts sur deux usines. L’enjeu est vital. Sans dessalement, près de 100 millions de personnes au Moyen-Orient perdraient un accès régulier à l’eau potable. L’eau dessalée assure environ : ➡️ 90% de l’approvisionnement du Koweït et de Bahreïn, ➡️ 80% d’Israël, ➡️ et près de 70% de l’Arabie Saoudite. Les pays du Golfe concentrent plus de 45% de la capacité mondiale de dessalement et ont investi plus de 20 milliards de dollars entre 2020 et 2024. L’eau traitée rejoint désormais les infrastructures critiques, au même titre que les réseaux électriques, les gazoducs ou les terminaux méthaniers. Ce qui mérite d’être défendu militairement possède, par définition, une valeur économique durable. |

| Les véritables gagnants cotés La création de valeur se concentre sur un nombre limité d’entreprises capables de financer, construire et exploiter ces infrastructures. Deux profils cotés se distinguent, aux résultats solides au premier trimestre 2026. 👉 Veolia, champion européen et leader mondial des services à l’environnement, alimente près de 95 millions de personnes en eau potable. Au T1 2026, il a publié : ➡️ un chiffre d’affaires de 11,4 milliards d’euros (+2,1% organique hors énergie), ➡️ un EBITDA de 1,77 milliard (+5,1% organique), ➡️ et une marge en hausse à 15,5%. Son modèle est défensif par construction : 85% du résultat est jugé peu sensible au cycle, grâce à des contrats d’une durée moyenne de onze ans, majoritairement indexés sur l’inflation. Fait notable : son exposition au Moyen-Orient est limitée (environ 1,3 milliard d’euros de revenus 2025, moins de 1% des capitaux employés) et l’impact de la guerre est qualifié de mineur. 👉 Xylem représente le versant technologique : pompes, membranes, comptage intelligent, traitement. La société américaine, devenue l’un des plus grands spécialistes mondiaux après le rachat d’Evoqua (7,5 milliards de dollars en 2023), a publié : ➡️ un chiffre d’affaires de 2,13 milliards de dollars, ➡️ une marge d’EBITDA ajustée de 20,6%, ➡️ un carnet de commandes de 4,7 milliards et la plus importante commande de son histoire, d’un montant de 850 millions de dollars. 👉 À leurs côtés, American Water Works, première utility d’eau cotée des États-Unis (environ 25 milliards de dollars de capitalisation, 14 millions de personnes desservies), incarne le modèle du monopole régulé : ➡️ au T1 2026, un chiffre d’affaires en hausse de 5,7% à 1,21 milliard de dollars, ➡️ et une prévision de bénéfice 2026 en croissance d’environ 8%. Mais le véritable moteur de croissance est désormais ailleurs. L’industrie investit massivement dans les membranes de dessalement, le recyclage des eaux usées, les compteurs intelligents, les réseaux connectés et l’intelligence artificielle capable de détecter les fuites ou d’optimiser les consommations. L’eau devient progressivement une industrie de données autant qu’une industrie d’infrastructures. Les risques demeurent réels Le secteur n’est pas exempt de risques. Comme toutes les infrastructures régulées, les utilities de l’eau restent sensibles à une remontée durable des taux d’intérêt : ce sont des valeurs de rendement, qui corrigent quand les taux montent. L’intensité capitalistique est élevée : construire une station d’épuration, une usine de dessalement ou renouveler des réseaux exige des investissements considérables. L’exposition géopolitique est désormais démontrée : une usine peut être endommagée, un projet retardé, Veolia a ainsi enregistré un ralentissement de ses projets de technologies de l’eau au Moyen-Orient au T1 2026. Enfin, une partie de l’activité dépend de financements publics et de décisions réglementaires. Ces risques sont réels mais gérables, et largement compensés par la visibilité des revenus et le caractère essentiel du service. L’erreur classique est de chercher la valeur là où se trouve la ressource. L’histoire montre pourtant que la richesse se crée rarement chez celui qui possède la matière première, mais chez celui qui maîtrise la technologie permettant de la transformer. Au XXᵉ siècle, le pétrole récompensait ceux qui contrôlaient les gisements. Au XXIᵉ siècle, l’eau devrait davantage récompenser ceux qui savent la capter, la dessaler, la transporter, la recycler et désormais la piloter grâce aux technologies numériques. |

Source : Eavest