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Nouvelles économiques – 13/09/2026

« Le monde oublie les gens qui ne sont pas utiles. »
Alain DUCASSE, né le 13 septembre 1956

Cette semaine

Cette semaine pourrait bien donner le ton pour le reste de l’année. La Fed, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon se réunissent toutes, et le marché attend que deux d’entre elles relèvent leurs taux. En fonction des déclarations qui suivront ces réunions, les marchés pourraient anticiper de nouvelles hausses avant la fin de l’année. Les chiffres de l’inflation et de l’emploi au Royaume-Uni seront également déterminants cette semaine, tandis que, malgré une actualité peu chargée du côté des entreprises, le géant de la distribution Next publiera ses résultats du premier semestre.

LES CHIFFRES ÉCONOMIQUES

Les News

Google 

Google annonce son plus important investissement jamais réalisé en Europe : 13 milliards d’euros en Finlande pour développer ses infrastructures numériques et énergétiques. La firme mise sur le nucléaire, l’éolien et les batteries afin de soutenir la montée en puissance de ses besoins en calcul liés à l’IA. 

Aviation 

Boeing continue son redressement industriel et renoue avec un rythme de livraisons qu’il n’avait plus atteint depuis plusieurs années. Airbus, lui, consolide sa domination sur le long terme : son carnet de commandes atteint un niveau record, lui assurant une visibilité industrielle sans précédent.

Schneider Electric

Schneider Electric poursuit la rationalisation de son empreinte industrielle en France avec la cessation d’activité d’un site employant 147 salariés en mars 2028, tandis que le regroupement d’activités nécessitera un investissement de plus de 150 millions d’euros.

Stellantis

Stellantis prévoit d’investir plus d’1 milliard d’euros pour produire un nouveau véhicule utilitaire dans une usine en France, dans le cadre d’une refonte plus large de ses opérations de fabrication en Europe,

L’Oréal

L’Arizona a déposé une plainte contre L’Oréal, accusant le groupe cosmétique d’avoir dissimulé des preuves que ses produits défrisants pourraient provoquer des cancers chez les femmes.

 LES PERFORMANCES

LE GRAPHE DE LA SEMAINE

A L’AFFICHE

La droite : le pari de l’offre.
Produire plus, travailler plus, dépenser moins : la droite fait le pari d’un choc d’offre pour redresser la France. Reste à savoir si les économies promises peuvent être réalisées assez vite pour financer les baisses d’impôts.
Après La France insoumise et le Rassemblement national, troisième épisode de notre série consacrée aux programmes économiques pour 2027. 
Cette semaine, la droite de gouvernement, à travers les projets de :
👉 Bruno Retailleau,
👉 David Lisnard
👉 et Xavier Bertrand.

Il existe de vraies différences entre Bruno Retailleau, David Lisnard et Xavier Bertrand.
➡️ Le premier fait de la réduction de l’État et de la dépense publique le préalable au redressement ;
➡️ le deuxième assume le projet le plus libéral et décentralisateur ;
➡️ le troisième défend une droite davantage tournée vers le travail, le pouvoir d’achat et la réindustrialisation.
Xavier Bertrand rappelle d’ailleurs qu’il ne se considère pas engagé par certaines propositions économiques de Bruno Retailleau.

Pourtant, lorsqu’on quitte la politique pour regarder l’économie, une même doctrine apparaît. La droite de 2027 fait le pari que la France peut sortir de son problème de dette en produisant davantage :
➡️ davantage de travail,
➡️ davantage d’industrie,
➡️ davantage d’investissement privé
➡️ et moins d’État administratif.

C’est presque l’image inversée de LFI. Là où la gauche radicale veut relancer la demande par les salaires et la dépense publique, la droite veut d’abord agir sur l’offre : fiscalité, coût du travail, normes, investissement et quantité de travail. 

Pour l’investisseur, la question est donc moins de savoir si ce programme est favorable aux entreprises, il l’est clairement, que de déterminer si cette mécanique peut fonctionner assez rapidement pour restaurer les comptes publics.

Car la France aborde 2027 avec une contrainte que la droite elle-même place désormais au cœur de son programme : 3 536 milliards d’euros de dette, soit 117,5% du PIB au premier trimestre 2026, après 115,7% fin 2025.

Une même doctrine : produire avant de redistribuer

Le diagnostic est assez largement partagé : la France ne manque pas seulement de demande, elle manque de production.

David Lisnard l’exprime de la manière la plus radicale. Il attribue le chômage structurel français à l’excès de charges fiscales et sociales, aux rigidités du droit du travail et à un environnement insuffisamment favorable à la prise de risque. Son programme propose donc de réduire simultanément le poids de l’État, les prélèvements et les normes. 

Bruno Retailleau part du même constat en attaquant ce qu’il appelle l’« État bureaucratique » et « vorace », rappelant que la dépense publique absorbe plus de 57 % de la richesse nationale. 

Xavier Bertrand adopte une approche plus sociale, mais le mécanisme reste proche : réduire la dépense pour pouvoir réduire les prélèvements, puis utiliser le travail pour augmenter le pouvoir d’achat.

C’est le premier point de convergence : la richesse doit être créée avant d’être redistribuée. La différence avec LFI est fondamentale.
➡️ LFI attend de la hausse de la demande qu’elle entraîne production, emplois et recettes fiscales ;
➡️ la droite prend le chemin inverse : elle attend de la baisse du coût de production et de l’augmentation du travail qu’elles génèrent croissance, salaires et recettes.
Deux multiplicateurs économiques opposés.

Travail et pouvoir d’achat : travailler plus pour gagner plus

Le travail constitue probablement le point de rencontre le plus évident entre les trois sensibilités.

Xavier Bertrand en fait depuis longtemps le principal instrument du pouvoir d’achat. En 2022, il défendait une baisse de 2,4% des cotisations salariales, destinée à produire immédiatement environ 3% de salaire net supplémentaire, plus de 500 euros par an pour un salarié gagnant 1 500 euros net, plus de 700 euros pour celui gagnant 2 000 euros, pour un coût annoncé de 7 milliards d’euros. La logique va plus loin : les heures effectuées au-delà de 35 heures seraient défiscalisées, et le rachat des RTT simplifié. Le pouvoir d’achat ne viendrait donc pas d’abord d’une hausse administrée du salaire, mais d’une augmentation du revenu du travail.

Lisnard pousse plus loin la flexibilisation. Son programme propose notamment un contrat de travail unique fusionnant CDI et CDD, avec des indemnités de licenciement progressives, ainsi qu’un assouplissement du Code du travail et différentes incitations destinées à augmenter la quantité de travail.

Là encore, la comparaison avec les deux épisodes précédents éclaire la philosophie économique. 
➡️ LFI veut augmenter le prix du travail ; 
➡️ le RN cherche à restituer du pouvoir d’achat par les baisses de prélèvements ;
➡️ la droite veut surtout augmenter la quantité de travail et réduire son coût fiscal et social. 
Son pari : que davantage d’heures travaillées et un taux d’emploi supérieur augmentent simultanément le revenu des ménages, le PIB potentiel et les recettes.

Entreprises et industrie : le grand choc d’offre

C’est probablement sur les entreprises que la rupture serait la plus visible.

Lisnard propose de supprimer notamment la C3S et éventuellement la CVAE, soit environ 11,5 milliards d’euros de baisse supplémentaire. Ajoutée aux réductions déjà engagées, son objectif est de diviser par deux les impôts de production, de 2% à 1% du PIB. 

Xavier Bertrand avance une ambition comparable : il estime qu’il faudrait réduire les impôts de production d’environ 33 milliards d’euros pour ramener la France vers la moyenne européenne.

Mais la politique industrielle proposée ne consiste pas seulement à baisser les impôts. La droite assume désormais une forme de souveraineté productive. 

Bertrand cite les semi-conducteurs, les batteries, les médicaments ou l’agriculture comme des productions stratégiques à sécuriser. Dans les Hauts-de-France, il met en avant les investissements réalisés autour des gigafactories : 81 millions d’euros apportés par la région à ACC, 60 millions à Verkor, et le soutien à Envision AESC, trois usines de batteries qui, avec leurs sous-traitants, représenteraient déjà environ 7 500 emplois directs, et plus de 13 000 à terme selon la région.

Lisnard défend de son côté la constitution de filières autour de la robotique, l’énergie, la cybersécurité, l’intelligence artificielle et les data sciences, associant recherche, universités, capitaux privés et financements publics stratégiques. Voilà une nuance importante : cette droite n’est pas simplement celle du laissez-faire. Elle veut moins d’État dans la norme et la fiscalité, mais accepte un État stratège dans les secteurs considérés comme souverains.
État et dette : la promesse la plus ambitieuse

C’est aussi ici que commence la difficulté. Car diminuer fortement les impôts avant d’avoir diminué les dépenses détériore mécaniquement le déficit. Toute la crédibilité du programme repose donc sur l’ordre dans lequel seraient menées les réformes.

Retailleau place la réduction de la dépense au centre de son projet. Lisnard va encore plus loin, en proposant une réduction drastique des dépenses publiques accompagnée d’un choc de déréglementation et d’une décentralisation massive. La logique est simple : réduire le coût de fonctionnement de l’État permettrait ensuite de rendre aux ménages et aux entreprises une partie des économies réalisées.

Mais les ordres de grandeur évoqués sont considérables, des dizaines, voire plusieurs centaines de milliards d’euros d’économies selon les horizons et périmètres retenus (environ 80 milliards pour Retailleau, jusqu’à 200 ou 300 pour Lisnard). 

C’est précisément ici que le marché passera du programme à la calculatrice. Car
➡️ supprimer une norme ne produit pas nécessairement une économie budgétaire ;
➡️ réduire une administration suppose parfois des coûts de transition ;
➡️ et une baisse trop rapide de la dépense publique peut peser temporairement sur l’activité, donc sur les recettes.

Le pari de la droite est ainsi l’inverse de celui de LFI, mais il comporte lui aussi un multiplicateur.
➡️ LFI espère que la dépense supplémentaire générera assez de croissance pour en financer une partie ;
➡️ la droite espère que la réduction de l’État et des prélèvements libérera assez d’investissement, d’emploi et de production pour compenser une partie des recettes abandonnées. 
Dans les deux cas, l’incertitude porte sur l’ampleur et surtout la vitesse de la réaction économique. Avec une dette à 117,5% du PIB, et une trajectoire gouvernementale qui la voit stabilisée autour de 118%, le temps laissé à l’expérimentation serait limité.

Europe et souveraineté : pro-européens, mais moins libre-échangistes qu’hier 

Il faut également nuancer l’image traditionnelle d’une droite simplement favorable au libre-échange.

Aucun des trois courants étudiés ne remet en cause l’euro ou l’appartenance de la France à l’Union européenne. C’est une différence majeure avec les risques que nous avions étudiés pour LFI ou historiquement pour le RN. 

Mais l’Europe souhaitée est davantage celle de la puissance et de la protection de ses intérêts économiques. Xavier Bertrand s’oppose ainsi au Mercosur dans sa forme actuelle, considérant même l’alimentation comme relevant du domaine régalien, et souhaite revenir sur certaines surtranspositions françaises.

Sur l’industrie, la même logique apparaît :
➡️ sécuriser les approvisionnements,
➡️ relocaliser certaines chaînes stratégiques,
➡️ réduire les dépendances. 
Lisnard envisage des filières industrielles organisées non seulement nationalement mais aussi en réseau européen, notamment dans les technologies stratégiques. 

La droite de 2027 apparaît donc moins comme une droite du libre-échange intégral que comme celle d’une économie de marché ouverte, mais organisée autour d’une souveraineté productive française et européenne.

Pour les marchés, la distinction est importante : il n’existe pas ici de risque direct sur l’euro ou la circulation des capitaux. Les frictions potentielles porteraient plutôt : 
➡️ sur la politique commerciale,
➡️ les normes,
➡️ l’agriculture
➡️ ou le degré de protection de certaines industries.

OAT, banques, CAC 40 : le marché jugerait d’abord l’exécution

Sur le papier, une victoire de cette droite devrait être la moins disruptive des trois scénarios étudiés jusqu’ici.

   👉 Pour les OAT, la promesse de réduction de la dépense et du déficit pourrait provoquer une détente de la prime de risque française, mais elle ne serait probablement pas automatique. Le marché chercherait immédiatement à distinguer les économies documentées des économies annoncées. Une forte baisse des impôts financée par des économies repoussées à plus tard pourrait produire exactement l’effet inverse.

   👉 Les banques françaises seraient parmi les premières bénéficiaires d’une éventuelle détente du spread OAT-Bund : leur exposition à l’économie française et aux titres souverains les rend particulièrement sensibles à une amélioration , ou une détérioration, de la perception du risque France.

  👉 Sur les actions, l’effet serait plus sectoriel. La baisse des impôts de production favoriserait d’abord les entreprises fortement implantées industriellement en France. La défense, le nucléaire, les infrastructures, la cybersécurité, l’IA ou certaines technologies industrielles devraient aussi bénéficier de la priorité donnée à la souveraineté et à la réindustrialisation.

Mais une réduction massive de la dépense publique créerait nécessairement des perdants : entreprises dépendantes de la commande publique, secteurs subventionnés, activités fortement liées aux transferts publics. Le marché ne jugerait donc probablement pas cette droite sur son intention, réduire le déficit est précisément ce qu’attendent les détenteurs de dette française, mais sur sa capacité à réaliser politiquement les économies promises sans casser la croissance.

C’est ici qu’apparaît aussi la faiblesse politique du scénario. La convergence économique ne signifie pas l’unité politique.
➡️ Bertrand affirme lui-même que les propositions de Retailleau ne l’engagent pas, et qu’il n’existe pas de candidat naturel à droite ;
➡️ Lisnard porte parallèlement son propre projet, plus radical dans la réduction de l’État.
La droite partage donc largement le diagnostic économique, mais pas encore celui qui devra l’incarner.

En conclusion, des trois familles politiques étudiées jusqu’ici, la droite est probablement celle dont la doctrine économique est la plus familière aux marchés :
➡️ moins de dépenses publiques,
➡️ moins de charges,
➡️ davantage de travail,
➡️ fiscalité du capital préservée
➡️ et absence de rupture avec l’euro.
Mais la qualifier simplement de « market-friendly » serait réducteur : cette droite est aussi devenue
➡️ plus industrielle,
➡️ plus souverainiste économiquement
➡️ et moins naïve sur le libre-échange.

Surtout, son programme repose sur une séquence particulièrement exigeante :réduire suffisamment la dépense pour pouvoir réduire les prélèvements, afin de libérer suffisamment de travail et d’investissement pour augmenter la croissance et, finalement, stabiliser la dette. 
➡️ LFI fait le pari de la demande ;
➡️ le RN celui du pouvoir d’achat et de la souveraineté ;
➡️ la droite celui de l’offre.

Avec une dette proche de 118% du PIB, les marchés ne lui accorderaient cependant qu’un crédit limité sur parole. Ils voudraient très rapidement voir les économies, leur calendrier et leur traduction dans le déficit. Le risque de la droite n’est donc pas celui d’une rupture avec les marchés : c’est celui de promettre une transformation de l’État plus rapide que l’État français n’est capable de se transformer.

Sources
INSEE — dette publique T1 2026, 117,5 % du PIB (25 juin 2026) · Le Figaro — programme économique de Bruno Retailleau (mars 2026) · Les Échos & AFP — Xavier Bertrand, impôts de production · Nouvelle Énergie (David Lisnard) — programme officiel · Région Hauts-de-France — gigafactories ACC, Envision, Verkor (2025-2026) · programme Xavier Bertrand 2022 (chiffres cotisations, datés) · candidats presidentielles 2027 & France-Vote — synthèses programmatiques. Les programmes de la droite pour 2027 restent en construction ; les éléments présentés synthétisent les axes publiés ou explicitement défendus. Les chiffrages sont des ordres de grandeur dépendant d’hypothèses, non des prévisions.

Source : Eavest

Belle semaine !

Nouvelles économiques – 27/09/2026

« Nous ne pouvons pas créer les évènements. Notre tâche est de savoir en tirer le meilleur parti. » Samuel ADAMS, né le 27 septembre 1722

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