| « L’intelligence, c’est ce que l’on utilise quand on ne sait pas » |
| Jean PIAGET- né le 9 août 1896 |

Cette semaine
| Les chiffres de l’inflation aux États-Unis constituent l’événement majeur de la semaine, les marchés étant attentifs à savoir si la hausse des prix recommence à s’accélérer, ce qui exercerait une pression accrue sur la Fed pour qu’elle relève ses taux. Les chiffres du PIB britannique constituent un autre indicateur important ; les prévisions tablent sur un ralentissement par rapport au premier trimestre, mais sur une amélioration par rapport au deuxième trimestre de l’année dernière. Les publications de résultats se font plus rares, mais au Royaume-Uni, InterContinental Hotels et Aviva sont à surveiller, tandis qu’aux États-Unis, Super Micro Computer et Cisco publieront leurs résultats. |
LES CHIFFRES ÉCONOMIQUES

Les News
Palantir
Partout en Europe, on recherche activement des alternatives à Palantir spécialisée dans l’analyse de données. Mais il sera extrêmement difficile pour l’Europe, de se passer de Palantir, dont l’expertise en matière de données, largement inégalée, a pris une place essentielle dans les procédures quotidiennes.
Forvia
L’équipementier auto Forvia accélère dans la défense et dévoile avoir reçu une commande pour environ 500 drones intercepteurs d’une entreprise européenne dont le nom est tenu confidentiel.
Camions Electriques
Poni.AI basée en Chine et aux États-Unis a récemment présenté un camion autonome léger conçu avec CATL, pour lequel elle envisage de franchir la barre des 100 000 unités produites en 2030.
ScaleUp Europe
ScaleUp Europe : le fonds de 5 milliards d’euros qui doit permettre à l’Union européenne de faire grandir ses pépites technologiques sur son propre sol et désormais intégré au Fonds du Conseil européen de l’innovation (CEI).
Saint Gobain
Saint-Gobain a signé un accord stratégique avec Microsoft autour de l’intelligence artificielle générative. Saint Gobain va utiliser les services d’IA de Microsoft pour améliorer ses processus de vente, et collaborer pour accélérer la construction d’infrastructures de calcul pour l’intelligence artificielle.
LES PERFORMANCES




LE GRAPHE DE LA SEMAINE

A L’AFFICHE
| Banques américaines : elles n’ont jamais autant gagné. C’est peut-être ce qui doit interroger. |
| Des profits records nourris par le désordre du monde, entre pic fragile et nouveau régime durable. Épisode 2 de notre saga consacrée à l’économie américaine : après la technologie, intéressons-nous au secteur bancaire. Longtemps considéré comme le baromètre de la santé économique des États-Unis, il vient de publier des résultats exceptionnels qui méritent pourtant une lecture plus nuancée. Pendant longtemps, les banques étaient considérées comme le reflet de l’économie. Lorsqu’elles gagnaient beaucoup d’argent, cela signifiait généralement que les entreprises investissaient, que les ménages empruntaient et que la croissance était solide. En 2026, cette lecture mérite toutefois d’être nuancée. Les principales banques américaines viennent de publier des bénéfices historiques. Pourtant, ces résultats ne proviennent pas principalement du métier traditionnel de banquier, collecter des dépôts et distribuer des crédits, mais d’activités beaucoup plus cycliques : le trading, les introductions en Bourse, les fusions-acquisitions et la volatilité des marchés. Deux forces se conjuguent en réalité : un secteur qui n’a jamais été aussi concentré ni aussi puissant, et un environnement mondial devenu si instable qu’il est paradoxalement devenu la première source de profits des banques. Reste une question, que nous garderons en fil rouge : cette prospérité est-elle un pic fragile, ou le signe durable que les banques américaines sont devenues les grandes gagnantes d’un monde plus incertain ? Des profits sans précédent et, un secteur plus concentré que jamais À chaque saison de publication, les banques américaines occupent une place particulière dans le calendrier des marchés. Premières à dévoiler leurs résultats, elles donnent souvent le ton de la saison. Cette année, leur message est sans équivoque : jamais les grandes banques de Wall Street n’avaient gagné autant d’argent. Les chiffres sont éloquents. JPMorgan Chase (21,2 milliards de dollars de bénéfice net), Bank of America (9,1 milliards), Goldman Sachs (6,6 milliards), Wells Fargo (6,4 milliards), Citigroup (5,8 milliards) et Morgan Stanley (5,6 milliards) ont dégagé, à elles seules, près de 55 milliards de dollars de bénéfices au deuxième trimestre 2026. Plusieurs de ces établissements ont publié les meilleurs résultats de leur histoire. À première vue, ces performances semblent simplement illustrer l’excellente santé du système bancaire américain. Mais cette lecture est incomplète. Ces bénéfices records ne sont pas le fruit d’un seul trimestre exceptionnel : ils sont aussi l’aboutissement d’une transformation engagée depuis plus de deux décennies. Le paysage bancaire américain s’est en effet considérablement concentré. ➡️ En 2000, les États-Unis comptaient plus de 8 300 banques commerciales assurées par la FDIC ; ➡️ fin 2024, elles n’étaient plus que 3 928. Dans le même temps, les actifs du secteur ont continué de progresser, pour approcher 33 000 milliards de dollars. Les banques sont donc deux fois moins nombreuses qu’au début du siècle, mais elles n’ont jamais été aussi grandes ni aussi puissantes. Cette concentration a naturellement profité aux géants nationaux. JPMorgan Chase est aujourd’hui la première banque mondiale par capitalisation boursière près de trois fois la valeur de la plus grande banque chinoise, et très loin devant l’ensemble des banques européennes. Fait notable : les établissements chinois conservent les bilans les plus importants au monde (les quatre premières banques par actifs sont chinoises), mais les investisseurs valorisent bien plus généreusement les banques américaines, signe de leur rentabilité supérieure. La crise bancaire de 2023 a encore accentué le mouvement. Les difficultés de plusieurs banques régionales ont renforcé les grands établissements, bénéficiaires d’un afflux de dépôts. Leur taille critique leur permet désormais d’investir massivement dans la technologie, d’absorber les contraintes réglementaires et de résister aux chocs mieux que leurs concurrents modestes. La concentration n’est plus seulement un héritage ; elle est devenue un avantage compétitif. Pour autant, cette concentration n’explique pas tout. Elle dit pourquoi les grandes banques dominent le système ; elle ne dit rien de l’explosion de leurs bénéfices en 2026. Car ces profits ne viennent pas, pour l’essentiel, du métier de banquier. Ils sont le produit d’un monde devenu beaucoup plus instable. Le véritable moteur : le désordre du monde À première vue, de tels bénéfices pourraient laisser penser que les banques profitent d’une économie particulièrement dynamique. La réalité est plus paradoxale. Si les États-Unis affichent toujours une croissance solide, ce n’est pas elle qui explique l’explosion des résultats de cet été. Les salles de marché prospèrent rarement lorsque tout va bien. Elles bénéficient au contraire des périodes de forte volatilité : lorsque les entreprises se couvrent contre les fluctuations des taux, des devises ou des matières premières, lorsque les États reviennent sur les marchés obligataires, ou lorsque les fusions-acquisitions se multiplient. L’incertitude devient alors une source d’activité et de revenus. C’est exactement ce que nous observons depuis près de deux ans, avec trois moteurs conjugués au premier semestre 2026. 👉Le premier est la plus grande introduction en Bourse de l’histoire. Le 12 juin 2026, SpaceX est entrée au Nasdaq lors d’une opération d’environ 86 milliards de dollars, dépassant le précédent record de Saudi Aramco. Goldman Sachs dirigeait le syndicat bancaire, épaulée par JPMorgan, Bank of America et Citigroup. Les seules commissions de l’opération sont estimées à près de 500 millions de dollars, sans compter les émissions obligataires, la tenue de marché et la gestion de fortune des nouveaux millionnaires. Une telle opération irrigue simultanément de nombreuses lignes de métiers. 👉 Le deuxième moteur est géopolitique. L’escalade militaire entre l’Iran, Israël et les États-Unis a rappelé combien les marchés restent sensibles aux tensions internationales. Le Brent est passé d’environ 72 à près de 126 dollars le baril fin avril, avant de refluer, tandis que taux et devises connaissaient de fortes variations. Cette volatilité, souvent perçue comme une menace pour l’économie réelle, est au contraire un terrain idéal pour les activités de marché. Le paradoxe est au cœur de cette lettre : ce qui inquiète le monde enrichit souvent ses banques. 👉 Le troisième moteur est le retour des grandes opérations. Sur le premier semestre 2026, l’activité de fusions-acquisitions a rebondi de 72% aux États-Unis, portée par l’amélioration des conditions de financement et le retour de la confiance des dirigeants. Morgan Stanley illustre parfaitement la mécanique : son activité de trading actions a bondi de 69% à 6,3 milliards de dollars, un record que la banque attribue explicitement à « l’augmentation de la volatilité mondiale ». Les profits records de 2026 ne sont donc pas seulement les fruits d’une bonne exécution. Ils reflètent un monde où l’incertitude est devenue, paradoxalement, l’une des matières premières les plus rentables de la finance. Tous gagnants, mais pas de la même manière Ces bénéfices records pourraient laisser croire que toutes les grandes banques profitent de la même dynamique. En réalité, leurs moteurs diffèrent, et cette différence détermine leur vulnérabilité à un retournement. ➡️ JPMorgan Chase apparaît comme la plus équilibrée : grâce à son modèle universel, détail, crédit, gestion d’actifs et banque d’investissement, elle profite à la fois de la tenue de l’économie et du dynamisme des marchés. Ce trimestre, « chaque ligne de métier » a battu un record, signe d’une force qui dépasse le seul trading. ➡️ À l’inverse, Goldman Sachs et Morgan Stanley, restent bien plus dépendantes du trading, des introductions en Bourse et des fusions : spectaculaires quand les marchés s’agitent, plus fragiles quand ils se calment. ➡️ Bank of America et Wells Fargo, plus tournées vers la banque commerciale, dépendent davantage du crédit et des taux que de la volatilité. Encore faut-il regarder la qualité des bénéfices ! Le record de JPMorgan intègre un gain exceptionnel de 4,6 milliards de dollars sur sa participation dans Visa : hors éléments non récurrents, le bénéfice net retombe à 16,9 milliards. Dans le même temps, les marges d’intérêt des banques de détail restent sous pression, environ 2,36% en moyenne, car les déposants migrent vers des placements mieux rémunérés. Le métier de base rapporte moins, pendant que les marchés rapportent plus. La dépendance au cycle s’en trouve accentuée. |

| Le prix du succès : l’exposition à l’IA et au crédit privé Ces résultats records ne doivent pas faire oublier une réalité bien connue du secteur : les périodes de forte rentabilité sont souvent celles où se construisent les risques de demain. Deux sujets retiennent aujourd’hui l’attention des investisseurs et, l’ironie est qu’ils découlent du même moteur qui enrichit les banques : l’intelligence artificielle. 👉 Le premier est l’exposition directe au financement de l’IA. Les banques américaines ont prêté massivement aux constructeurs de centres de données. Une étude de la Réserve fédérale de Chicago (février 2026) rassure sur le niveau tiré, l’exposition aux secteurs liés à l’IA ne représente en moyenne que 0,8 % des actifs des banques, mais alerte sur les engagements de prêt, qui atteignent environ 25% de leur capital de base (Tier 1) : de quoi provoquer des pertes significatives si le risque se matérialisait. Ces prêts sont énormes et concentrés : le partenariat Oracle-OpenAI (environ 300 milliards de dollars) a « poussé les banques à leurs limites », les opérations étant si volumineuses qu’elles n’ont pu en revendre les tranches comme à l’accoutumée. 👉 Le second sujet est plus discret, mais probablement plus sensible encore : le crédit privé. Ce marché de près de 2 000 milliards de dollars finance désormais massivement l’IA, ses prêts au secteur sont passés de quasi zéro à plus de 200 milliards en quelques années. Or les grandes banques ne prêtent pas seulement à l’IA directement : elles prêtent aussi aux fonds de crédit privé qui, eux, prêtent à l’IA. Un sondage de Bank of America (mai 2026) place le crédit privé américain en tête des risques de crise systémique pour 42% des gérants mondiaux, devant les dépenses d’IA des hyperscalers (34%, une part qui a doublé en un mois). JPMorgan a d’ailleurs commencé à se protéger, en resserrant ses prêts aux fonds de crédit privé et en décotant les collatéraux liés à l’IA. Le maillon fragile : les banques régionales Un dernier maillon complète le tableau, et c’est le plus fragile : les banques régionales. Depuis la faillite de Silicon Valley Bank en 2023, la situation s’est stabilisée : les dépôts se sont normalisés et la qualité des actifs est globalement bonne. Une menace demeure toutefois : l’immobilier commercial. Près de 1 500 milliards de dollars de prêts immobiliers commerciaux arrivent à échéance entre 2024 et 2026, les taux de vacance de bureaux dépassent 20%,un record en quarante ans, et de nombreux immeubles valent 30 à 50% de moins qu’à leur pic. Or ce risque est très inégalement réparti : plus la banque est grande, plus le problème est petit. Les géants limitent leur exposition aux bureaux à 1 ou 2 % de leurs prêts, quand les régionales y sont bien plus concentrées. À cela s’ajoute un fossé technologique : là où les géants investissent des milliards dans l’IA, la moitié des dirigeants bancaires américains en font leur première priorité technologique, devant les actifs numériques (20%) et la transformation digitale (11%), les régionales peinent à suivre. Une recherche universitaire (Wharton) avertit même que, sous des scénarios de stress plausibles, de nombreuses banques régionales deviendraient sous-capitalisées. Le secteur est donc à deux vitesses : ➡️ des mastodontes qui prospèrent sur le désordre mondial, ➡️et des régionales qui portent, seules, le risque immobilier. Les profits records ne profitent pas à tous ; ils renforcent avant tout les acteurs déjà dominants. Au final, les banques américaines n’ont jamais autant gagné. Mais ces profits reposent moins sur la santé de leur métier que sur une conjonction exceptionnelle : ➡️ une introduction en Bourse hors norme, ➡️ une guerre qui agite les marchés, ➡️ un retour des fusions. Autant de facteurs qu’elles ne maîtrisent pas et une concentration qui, elle, leur confère une puissance durable. Faut-il alors s’en inquiéter ou s’en réjouir ? La réponse dépend d’un pari sur le monde. ➡️ Si l’incertitude géopolitique et la volatilité s’installent durablement, ce que beaucoup anticipent, les banques américaines pourraient continuer de prospérer, devenant une forme paradoxale de couverture contre le désordre. ➡️ Si au contraire le calme revient, ou si la frénésie de l’IA qu’elles financent se retourne, le sommet actuel apparaîtra rétrospectivement comme un pic. |

Focus
| Citigroup & Morgan Stanley, deux visages de la banque américaine |
Citigroup est la plus internationale des grandes banques américaines, présente dans près de 95 pays, avec une position pivot dans les services de trésorerie et les transactions transfrontalières pour les multinationales.
Au deuxième trimestre 2026, elle a publié :
➡️ son meilleur chiffre d’affaires en dix ans, environ 24,8 milliards de dollars (+14%),
➡️ pour un bénéfice net de 5,8 milliards, contre 4 milliards un an plus tôt.
Après avoir passé avec succès les stress tests de la Réserve fédérale, elle a annoncé
➡️ une hausse de 12% de son dividende trimestriel (à 0,67 dollar)
➡️ et lancé un programme de rachat d’actions de 30 milliards.
Au cours de clôture de 135 dollars, sa capitalisation avoisine 231 milliards, et le titre se paie environ 11 à 12 fois les bénéfices attendus, une décote persistante sur ses pairs, reflétant une restructuration encore en cours.
Morgan Stanley est à la fois une banque d’investissement de premier plan et le leader mondial de la gestion de fortune, présente dans plus de 40 pays et gérant environ 10 000 milliards de dollars d’actifs clients.
Son modèle combine deux moteurs :
➡️ les activités de marché (trading, conseil), très sensibles à la volatilité,
➡️ et la gestion de fortune, source de revenus récurrents.
Au deuxième trimestre 2026, elle a publié
➡️ des revenus records de 21,3 milliards de dollars
➡️ et un bénéfice net de 5,6 milliards, portée par un trading actions en hausse de 69% (6,3 milliards, un record) « dû à la volatilité mondiale accrue ».
Au cours de clôture de 216,33 dollars, le titre se paie environ vingt fois les bénéfices, au-dessus de sa moyenne historique, signe des attentes élevées du marché.
Citigroup, Cours Actuels : 135 USD*
GS : objectif de cours 161 USD*
Jefferies : objectif de cours 160 USD*
UBS : objectif de cours 142 USD*
Morgan Stanley, Cours Actuels : 216,33 USD*
UBS : objectif de cours 260 USD*
GS : objectif de cours 243 USD*
HSBC : objectif de cours 215 USD*
*Source ZoneBourse
Source : Eavest